La rose éternelle

Publié le par iflillis

La rose éternelle
            (Illustartion:  "Le Marocain" de Driss Essahel)

 

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    Quelque part dans le Haut Atlas, là où l’horizon ondule à l’infinie, sur un rocher rougit par les rayons du soleil qui se couche, un homme se tient assis. Nul ne saurait dire depuis combien de temps il est ici, même pas lui, quelques minutes, des heures, peut-être des jours. Sur son visage, au creux de ses yeux, des rides profondes témoignent du temps qui a passé. Il a le regard perdu dans le vague des montages. Il porte sur ce qu’il voit une attention particulière, celle que l’on porte sur ce que l’on ne verra peut-être plus. Un peu comme on dévore des yeux ce que l’on quitte, des proches, un moment de bonheur, un paysage familier, on regarde les yeux grand ouvert, concentré comme pour fixer cet instant pour ne rien en oublier. Noyé dans de profondes pensées, il s’imprègne de ces paysages une dernière fois,  pour les porter en lui à jamais.
   
    Aujourd’hui il est à l’heure du bilan de sa vie, au moment où l’on jette un regard sur son passé. C’est ce à quoi il pense, quel instant terrible pour tout Homme ! Pour lui nul regret, ni remord, sa vie fut paisible et très simple, ceux qu’il aime, sa culture et sa langue, voilà tout ce qui a fait son bonheur. Seulement quelque chose le tenaille, un peur, une angoisse dévorante: celle de l’après. Qu’allait-il advenir des siens, qu’allait-il advenir de la langue qui a bercée sa vie ? Cette incertitude le pèse, elle l’empêche de se lever. Alors il reste assis croulant sous le poids de cet amour trop lourd à porter. Qu’il est difficile d’aimer pour celui qui n’aime que passionnément. Qu’il est difficile d’aimer quand on ne peut rien maîtriser. A ses pensées entremêlées, entre le bonheur d’un passé heureux et la crainte du futur, deux larmes se mirent à couler sur son visage. Elles coulent doucement, empreintant les sillons dessinés par ses rides, elles finissent par ce rejoindre à la pointe de son menton, puis vont mourir sur un cailloux sans vie.

    Peu de temps après cet homme mourut, à l’endroit où ces larmes furent déposées, une rose magnifique a poussé.

                
    Un jour un aigle majestueux survolant les montagnes l’aperçoit depuis les cieux. Il s’empresse de venir se poser tout près d’elle, il l’examine de son œil perçant, puis il dit :

- J’ai survolé mille contrés jusqu’au plus lointaines, jamais je n’ai vue de beauté pareille. Que fait tu dont ici, au milieu de ces cailloux inertes, dans ces paysages figés qui ne connaissent que le gris. Ta place est dans le jardin luxuriant du plus grand des palais, qu’un roi puissant t’offre à sa plus ravissante fiancée. Quelle malédiction t’a donc fait poussé ici ?
   
-Nulle malédiction, je suis le fruit d’une larme sucrée comme la tendresse maternelle, l’amour d’une mère, la nostalgie de l’enfance. Je suis liée à cette terre par un cordon ombimédical; c’est elle qui m’a vu naître, c’est elle qui m’a fait grandir. Elle est le décor de mes plus beaux souvenirs, elle est en moi jusqu’en mon inconscient le plus enfoui et mon cœur tout entier est à elle. Ces montagnes et ces pierres me sont vitales, elles sont mon eau, mon oxygène, loin d’elles je m’assécherais comme le cœur de celui qui s’exile loin de chez lui.

    Un autre jour, un berger à la recherche d’une chèvre égarée, s’approche de la rose, il essaie de la cueillir mais il se fait piqué par des épines acérées, il insiste, tire de toutes ses forces mais rien n’y fait :

-Cela fait des jours que je parcours les montagnes. Je n’ai rien vu d’aussi beau. Parmi toutes ces plantes asséchées tu es la seule en vie. Le rouge de tes pétales est aussi vif que le sang qui fait battre les coeurs. Pourquoi refuses tu donc de te laisser cueillir ? Tes épines sont un poison qui vient gâcher ta beauté. Quelle malédiction t’as donc fait poussée ainsi ?

-Nulle malédiction je suis le fruit d’une larme salée comme la fougue du rebelle qui jamais ne se soumet. Je suis attachée à ce que je suis aussi profondément que mes racines sont encrées. Quoi qu’il arrive je veux continuer à être ce que je suis et me refuse à tous ceux qui veulent me dominer.

          
    Cette rose est le fruit d’une larme sucrée, cette rose est le fruit d’une larme salée, elle est l’incarnation de l’âme de ce vieil homme, l’âme d’un amazigh qui aimait sa terre ; l’âme d’un amazigh qui ne soumettait jamais. Le temps passera, sur son chemin il aura raison de tout, il remodèlera jusqu’au plus hautes montagnes, mais cette rose restera belle et rebelle, c’est une rose éternelle.

 
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I
Hello Tassolt,<br /> <br /> Des roses comme celle là tant qu'il en aura, il y aura encore de l'espoir...<br /> <br /> Merci pour ta visite...
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Il n'y a pas beaucoup de roses à Ida ou Zem Zem et à vrai dire il n'y a pas grand chose de vert apres les deforestations mais le peu suffit à conserver l'essentiel.... Amazigh pour toujours<br /> <br /> Merci pour ce texte<br /> <br /> Tassolt
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